EI ou EURL : quel statut choisir pour ton activité ?

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Lucas Chevalier

Rédacteur Droit-Travail.org

« Rendre le droit accessible à tous ! »

L’essentielFaits vérifiés

Ce qu’il faut savoir sur le choix entre EI et EURL

  • Depuis le 15 mai 2022, l’entrepreneur individuel sépare d’office son patrimoine personnel et son patrimoine professionnel (loi n° 2022-172).
  • L’EURL est une SARL à associé unique, créée avec un capital libre dès 1 €.
  • L’EI relève de l’impôt sur le revenu, l’EURL aussi par défaut, avec une option pour l’impôt sur les sociétés à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice.
  • Le gérant majoritaire d’EURL et l’entrepreneur individuel relèvent tous deux du régime des indépendants, soit environ 45 % de cotisations sur la rémunération nette.
  • Le passage de l’EI à l’EURL se fait par apport en société, sans imposition immédiate selon Service-Public.

5 faits vérifiés3 sourcesmis à jour le 30 septembre 2026

01

Deux patrimoines

L’EI sépare ce que tu possèdes de ce que tu investis dans l’activité. L’EURL va plus loin avec une société distincte de toi.

02

Impôt à choisir

Impôt sur le revenu par défaut dans les deux cas. L’EURL peut opter pour l’impôt sur les sociétés et garder du bénéfice en réserve.

03

Paperasse inégale

Pas de statuts ni de capital en EI. L’EURL demande statuts, annonce légale, comptes annuels et assemblée d’approbation.

Depuis le 15 mai 2022, tout entrepreneur individuel protège automatiquement ses biens personnels. Cette date change la question EI ou EURL, car la responsabilité limitée n’est plus réservée à la société. Je te montre ici ce qui sépare encore les deux statuts, chiffres à l’appui, puis comment je tranche.

Que dit le texte sur l’EI et l’EURL ?

La loi n° 2022-172 du 14 février 2022 en faveur de l’activité professionnelle indépendante a instauré un statut unique d’entrepreneur individuel. Il remplace l’EIRL pour les nouvelles créations. Ton patrimoine professionnel regroupe tout ce qui sert à l’activité, ton patrimoine personnel le reste, et la séparation joue sans aucune démarche de ta part.

L’EURL, elle, est une SARL à associé unique, régie par les articles L223-1 et suivants du Code de commerce. La société possède sa propre personnalité juridique. Tu en deviens le gérant, et le capital social peut démarrer à 1 €.

Je retiens une image simple pour comparer. En EI, l’entreprise, c’est toi, avec deux patrimoines étanches. En EURL, l’entreprise est quelqu’un d’autre que toi, et tu la diriges. Impôt, cotisations et formalités découlent de cette différence.

Côté démarches, l’EI s’ouvre en quelques minutes en ligne. Tu déclares ton activité, ton adresse et ton option fiscale, puis tu reçois ton numéro Siren. Tu n’as pas à rédiger de statuts. Cette légèreté séduit, mais elle te laisse aussi seul face aux règles : aucun gérant, aucun associé, aucune assemblée ne te contraint à poser les comptes à plat chaque année.

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La micro-entreprise est-elle une EI ?

Oui. Le micro-entrepreneur exerce en entreprise individuelle et applique simplement un régime simplifié d’impôt et de cotisations. Les plafonds de chiffre d’affaires s’élèvent à 77 700 € pour les prestations de services et 188 700 € pour la vente de marchandises, à confirmer sur Service-Public avant de te lancer. Au-delà, tu bascules au régime réel. Ce régime n’a pas d’équivalent pratique pour une société soumise à l’impôt sur les sociétés.

Ton patrimoine est-il vraiment protégé dans les deux cas ?

En EI, la séparation protège ton logement et tes économies contre les dettes de l’activité. Les créanciers professionnels ne peuvent saisir que le patrimoine professionnel. La règle connaît pourtant des exceptions que je vois trop souvent ignorées.

  • Les créanciers de l’administration fiscale et de la Sécurité sociale peuvent viser les deux patrimoines en cas de manquement grave et répété.
  • Tu peux renoncer à la protection par écrit, ce que les banques demandent parfois pour un prêt.
  • Une caution personnelle engage tes biens privés, quel que soit le statut.
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En EURL, la responsabilité se limite aux apports. Le gérant risque pourtant à une action en comblement de passif si une faute de gestion a aggravé l’insuffisance d’actif, selon l’article L651-2 du Code de commerce. Bonne nouvelle, cette faute suppose plus qu’une simple erreur de bonne foi.

⚠️ Un prêt garanti par ta caution personnelle engage tes biens privés, que tu signes en EI ou en EURL. Lis la clause avant de parapher.

Mon arbitrage tient en une ligne. Depuis 2022, l’argument de la protection ne suffit plus à justifier seul une société. Je le pèse avec les autres critères, pas avant eux.

Comment l’impôt change-t-il entre EI et EURL ?

En EI, ton bénéfice entre dans ta déclaration de revenus, dans la catégorie des BIC ou des BNC selon ton activité. Tu paies l’impôt sur le revenu sur la totalité, que tu prélèves l’argent ou non. Une option pour l’impôt sur les sociétés existe aussi depuis la réforme de 2022, mais elle s’adresse à des profils précis.

L’EURL relève par défaut de l’impôt sur le revenu, comme l’EI. Tu peux choisir l’impôt sur les sociétés. Dans ce cas, la société paie l’impôt sur son bénéfice au taux de 15 % jusqu’à 42 500 €, puis 25 % au-delà. Ta rémunération de gérant devient une charge déductible.

Prise de notes à côté d

Un exemple rapide. Tu laisses 40 000 € de bénéfice dans l’EURL au lieu de te les verser. L’impôt s’élève à 6 000 €, soit 15 %, alors que ce montant ajouté à tes revenus subirait ta tranche marginale en EI. L’écart change tout pour qui réinvestit.

Autre différence que je juge sous-estimée : ta rémunération. En EI, tu ne te paies pas de salaire, tu prélèves ce que tu veux dans la limite de la trésorerie, et tout le bénéfice est imposé. En EURL à l’impôt sur les sociétés, ta rémunération de gérant est décidée en assemblée, déduite du résultat puis imposée comme un traitement. Tu choisis donc le curseur entre revenu immédiat et réserve dans la société.

La contrepartie existe, évidemment. L’argent qui sort ensuite en dividendes subit une nouvelle taxation, et les règles sociales sur ces dividendes changent le calcul, comme je l’explique juste après. L’impôt sur les sociétés paie surtout quand tu gardes du bénéfice dans la société.

Quelles cotisations sociales paies-tu dans chaque statut ?

Bonne nouvelle pour la comparaison, le gérant majoritaire d’EURL et l’entrepreneur individuel relèvent tous deux du régime des travailleurs indépendants, géré par l’Urssaf. Le niveau de protection sociale et les ordres de grandeur sont proches. Les cotisations d’un indépendant au réel tournent autour de 45 % de la rémunération nette, un repère à affiner avec le simulateur de l’Urssaf.

Parlons protection en cas de coup dur. Un indépendant cotise à la retraite de base et complémentaire, aux indemnités journalières en cas de maladie et à l’invalidité-décès. Il n’a en revanche pas droit à l’allocation chômage des salariés. Si l’activité ferme en liquidation judiciaire, l’allocation des travailleurs indépendants verse environ 26 € par jour pendant 6 mois, sous conditions de revenus. Cette filière vaut pour l’EI comme pour le gérant majoritaire d’EURL, donc elle ne départage pas les deux statuts. Elle devrait pourtant compter dans ton budget de sécurité.

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La base de calcul diffère. En EI au réel, elle correspond au bénéfice entier. En EURL à l’impôt sur les sociétés, elle correspond à ta rémunération, plus la fraction des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d’émission et des comptes courants d’associé. Cette règle s’applique au gérant majoritaire.

  • Micro-entreprise : cotisations proportionnelles au chiffre d’affaires, 12,3 % pour la vente et 21,2 % pour les prestations de services en 2025.
  • EI au réel : cotisations calculées sur le bénéfice, même non prélevé.
  • EURL à l’impôt sur les sociétés : cotisations sur la rémunération et sur les dividendes au-delà du seuil de 10 %.

💡 Avant de verser des dividendes en EURL, vérifie la règle des 10 %. Une part élevée de dividendes peut coûter presque autant qu’une rémunération.

Un point que les comparatifs mentionnent peu : ces taux évoluent chaque année. Vérifie ceux de l’année en cours avant de signer quoi que ce soit, et demande une simulation chiffrée à un expert-comptable si tes revenus dépassent 40 000 € par an.

Quelles formalités et quels coûts prévoir au départ ?

Les deux statuts passent par le guichet unique géré par l’INPI depuis le 1er janvier 2023. L’EI demande une déclaration d’activité, sans statuts ni capital. L’EURL réclame des statuts, un apport en capital, une annonce légale et une immatriculation au greffe, pour un budget de quelques centaines d’euros, hors expert-comptable.

Prévois aussi un budget d’accompagnement. Un expert-comptable facture souvent entre quelques centaines et quelques milliers d’euros par an pour une EURL, selon le volume d’écritures et les missions confiées. Une EI en micro-entreprise s’en passe la plupart du temps. Une assurance de responsabilité civile professionnelle mérite aussi d’entrer dans le calcul, car la protection du patrimoine ne couvre pas les dommages causés à un client.

Le quotidien pèse davantage que la création. Une EURL tient une comptabilité complète, fait approuver ses comptes dans les 6 mois suivant la clôture de l’exercice et les dépose au greffe. Tu tiens aussi un compte bancaire dédié et tu sépares strictement tes dépenses privées des dépenses de la société. Le temps que tu consacres à cette rigueur compte autant que les frais.

Pense aussi à protéger ta marque dès la création, quel que soit le statut retenu. Le nom commercial ne suffit pas, et un dépôt évite les mauvaises surprises plus tard.

Peux-tu cumuler une EI et une EURL ?

Oui, pour des activités distinctes. Rien n’interdit à une même personne d’exercer en entreprise individuelle tout en dirigeant une EURL. Mais chaque structure garde sa comptabilité, et les cotisations sociales se cumulent selon les revenus de chacune. Autre point à anticiper : fermer une EURL impose une dissolution puis une liquidation, là où une EI se radie plus simplement.

EI ou EURL : quel critère tranche vraiment ?

Je résume le comparatif ci-dessous. Chaque ligne correspond à un critère que tu peux vérifier en cinq minutes sur ton propre projet.

Critère Entreprise individuelle EURL
Patrimoine Deux patrimoines séparés d’office Société distincte, responsabilité limitée aux apports
Capital Aucun Libre, dès 1 €
Impôt Impôt sur le revenu, option IS possible IR par défaut, option IS à 15 % puis 25 %
Cotisations Sur le bénéfice entier Sur la rémunération et les dividendes au-delà de 10 %
Comptabilité Allégée en micro, réel sinon Complète, comptes déposés au greffe
Fermeture Radiation Dissolution puis liquidation
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Mon critère numéro un, c’est le niveau de bénéfice que tu comptes laisser dans l’activité. Si tu prélèves tout, l’EURL à l’impôt sur les sociétés apporte peu et coûte du temps. Si tu réinvestis beaucoup, elle mérite l’examen. Je commence donc par l’EI tant que ton chiffre d’affaires est modeste et que les risques financiers sont limités.

Voici comment je traduis ces critères, sans grille magique :

  • Je garde l’EI quand je démarre, que je prélève presque tout et que mon chiffre d’affaires est sous les plafonds de la micro-entreprise.
  • Je passe à l’EURL quand je réinvestis une part notable du bénéfice ou que je prépare une revente de l’activité.
  • J’écarte l’EURL quand je n’ai pas de quoi payer un comptable et que l’activité sert de complément de revenu.

Comment passer de l’EI à l’EURL ensuite ?

Tu ne transformes pas une EI en société d’un simple trait de plume. Tu crées l’EURL, puis tu y apportes ton patrimoine professionnel. Service-Public indique que ce transfert vers une société à l’impôt sur les sociétés n’entraîne pas d’imposition immédiate. Avant l’opération, fais chiffrer la valeur de ton activité par un professionnel.

Et la SASU dans tout ça ?

La SASU mérite une mention. Son président est assimilé salarié, ce qui alourdit les charges sur le salaire mais allège celles sur les dividendes. Ce n’est pas le sujet de cet article. Je te conseille de comparer les trois statuts avec un expert-comptable avant de trancher, surtout si tu vises plus de 60 000 € de bénéfice.

Quel statut colle à ton projet ?

Commence par l’EI, en micro-entreprise si tu ne dépasses pas les plafonds de 77 700 € ou 188 700 €. Zéro capital, peu de comptabilité, et ton patrimoine personnel est séparé depuis 2022.

Regarde l’EURL à l’impôt sur les sociétés. Les premiers 42 500 € de bénéfice gardés dans la société sont taxés à 15 %. Fais simuler cotisations et dividendes par un expert-comptable.

L’EURL ne convient qu’à un associé unique. Avec des associés, pense SARL ou SAS. Tu peux démarrer en EURL et ouvrir le capital plus tard.

FAQ sur EI ou EURL

Quels sont les défauts d'une entreprise individuelle ?

L'EI n'offre aucune structure pour accueillir des associés, et les cotisations portent sur le bénéfice entier. Les créanciers fiscaux et sociaux peuvent viser les deux patrimoines en cas de manquement grave et répété, selon Service-Public.

Quel statut te fait payer le moins de charges ?

La micro-entreprise calcule les cotisations sur le chiffre d'affaires, à 12,3 % pour la vente et 21,2 % pour les services en 2025. Au réel, l'EURL à l'impôt sur les sociétés peut alléger l'impôt si tu laisses du bénéfice dans la société.

Une EURL est-elle une entreprise individuelle ?

Non. L'EURL est une SARL à associé unique, donc une société avec sa personnalité juridique (Code de commerce, article L223-1). L'entreprise individuelle n'en a pas.

Comment transformer ton EI en EURL ?

Tu crées l'EURL et tu y apportes ton patrimoine professionnel. Pour une société à l'impôt sur les sociétés, Service-Public indique qu'il n'y a pas d'imposition immédiate de cet apport.

Catégorie :

Juridique

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